Quand l'art numérique donne voix aux forces secrètes de la Terre

À Marseille, l'exposition « Souffles terrestres » transforme vibrations sismiques et flux aquatiques en expériences immersives jusqu'au 13 décembre.

Grand toit-terrasse d’un lieu culturel en brique, avec des gens qui se détendent face au panorama de la ville

Jusqu’au 13 décembre, le Centre de la Vieille Charité accueille « Souffles terrestres », une exposition où l’art numérique révèle les dynamiques invisibles de notre planète. Étienne Rey et Stéphanie Roland y transposent les mouvements de l’eau, les résonances minérales et les cycles telluriques en installations visuelles et sonores. Une invitation à percevoir la Terre comme une entité vivante, dans un lieu chargé d’histoire au cœur du Panier, où passé et modernité se répondent.

Deux œuvres pour ressentir les pulsations de la matière

L’exposition présente deux installations qui explorent les liens entre perception et forces naturelles. Serpentine night, signée Stéphanie Roland, est une vidéo immersive plongeant dans les failles géologiques californiennes. À travers un montage mêlant réalité et fiction, l’artiste met en lumière les interactions entre les sols et les sociétés humaines. Son travail propose une écoute nouvelle des territoires, où les éléments naturels deviennent des acteurs à part entière. En révélant les récits enfouis sous nos pieds, elle questionne notre rapport aux espaces que nous habitons.

Étienne Rey, avec Impermanence, crée une installation où cinq sculptures d’eau en mouvement perpétuel matérialisent les vibrations de la matière. Inspirée par un séisme groenlandais, l’œuvre transpose à échelle humaine les dynamiques ondulatoires qui animent la planète. Sons, lumières et mécanismes précis s’y entremêlent pour former un paysage en constante évolution. Ici, la résonance devient un langage universel, invitant à une attention renouvelée aux équilibres fragiles du vivant.

Des créateurs qui repoussent les frontières de l’art

Stéphanie Roland et Étienne Rey partagent une démarche artistique où documentaire, fiction et expérience sensorielle se croisent. Basée à Bruxelles, Stéphanie Roland explore des thèmes comme la géologie, l’écologie ou les temporalités longues. Ses œuvres, présentées dans des institutions telles que le Centre Pompidou ou la Biennale de Venise, révèlent les « hyperobjets » : ces réalités trop vastes pour nos sens, comme le temps géologique. Son installation à Marseille s’inscrit dans cette quête : rendre perceptibles les forces qui façonnent notre monde.

Étienne Rey, lui, interroge depuis des années notre perception de l’espace. Ses installations, souvent conçues pour des lieux spécifiques, jouent avec la lumière, les matériaux et les phénomènes physiques pour créer des environnements déstabilisants. Avec Impermanence, il ajoute une dimension sonore et cyclique, transformant l’œuvre en un espace de coexistence entre le visible et l’audible. Pour les deux artistes, l’art est un moyen de repenser notre place dans l’écosystème, en proposant des récits alternatifs où la nature n’est plus un simple décor.

Un lieu emblématique pour une rencontre entre art et territoire

Le Centre de la Vieille Charité, situé dans le quartier du Panier, offre un cadre idéal pour cette exposition. Ce monument du XVIIe siècle, autrefois destiné à accueillir les plus démunis, est aujourd’hui un lieu culturel où se croisent histoire et création contemporaine. Son architecture baroque, avec son patio central et ses salles voûtées, crée une atmosphère propice à l’immersion et à la réflexion. À deux pas, le Mucem et le fort Saint-Jean, dont les expositions et les jardins attirent chaque année de nombreux visiteurs, prolongent cette exploration des liens entre patrimoine et modernité.

Le Panier, plus ancien quartier de Marseille, est un dédale de ruelles étroites et de places animées, où se mêlent tradition et dynamisme artistique. En choisissant ce lieu pour Souffles terrestres, les organisateurs soulignent la porosité entre l’art contemporain et les enjeux locaux. L’exposition s’inscrit dans la programmation de la Biennale Chroniques, qui met en lumière les croisements entre art, science et technologie. Une occasion de redécouvrir ce quartier sous un jour nouveau, entre héritage historique et innovations numériques.

Une proposition artistique en phase avec les enjeux contemporains

Souffles terrestres s’inscrit dans un contexte où les questions écologiques occupent une place centrale. En rendant tangibles les forces invisibles de la Terre, les œuvres d’Étienne Rey et de Stéphanie Roland offrent une réponse artistique aux défis environnementaux. Leur approche rejoint celle d’initiatives comme les ateliers sensoriels du MuCEM pour les malvoyants, qui cherchent à élargir nos modes de perception. Comme ces projets, l’exposition propose une expérience où l’art devient un vecteur de sensibilisation et de transformation.

En donnant une forme aux souffles de la Terre, les artistes nous invitent à porter un regard neuf sur notre environnement. Leur travail rappelle que la nature n’est pas un simple décor, mais un partenaire avec lequel dialoguer. Une invitation à l’émerveillement et à la réflexion, à découvrir jusqu’au 13 décembre dans un lieu où l’histoire et l’innovation se rencontrent.

En pratique

L’exposition Souffles terrestres est présentée au Centre de la Vieille Charité, 2, rue de la Charité dans le 2e arrondissement de Marseille, du 24 octobre au 13 décembre 2026. Pour les horaires et les modalités d’accès, consultez le site des Musées de Marseille ou celui de la Biennale Chroniques. Le quartier du Panier, où se situe la Vieille Charité, se parcourt aisément à pied. Vous pourrez prolonger votre visite en explorant les ruelles environnantes ou en vous rendant au Mucem, à quelques minutes de marche. Pour préparer votre balade, découvrez notre itinéraire dans le Panier.

Dans le 2e arrondissement

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Ruelles en pente du Panier, linge aux fenêtres et façades ocre d'un côté, docks réhabilités et horizon portuaire de la Joliette de l'autre. Le 2e se visite à pied, de la Vieille Charité jusqu'au front de mer du Mucem.

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